Mes yeux se sont détournés des vitres teintées,mon dos se redresse légèrement et mes larmes redoublent.Le bruit de la clef qui tourne dans la serrure..La porte jaune qui s'ouvre sur cette silhouette blanche,comme j'aimerais qu'elle ne soit qu'une silhouette,un fantôme qui passe et ne s'arrête pas...Recroquevillée près de l'oreiller agrippée à la barre du lit,coincée entre la table de nuit de fer peinte en blanc et mon malheur,je l'observe derrière le brouillard de mes larmes,mon regard se fixe sur le plateau qu'elle porte,cet indéniable défi..Energique,elle le poser sur la table en me montrant sur la chaise,puis m'invite,phrase banale qui,ici,devient tellement cruelle... Lentement,pour reculer la menace,je me lèvre et traverse le dérisoire mètre du carrelage moucheté qui me sépare de l'autre extrémité de ma prison.Je fais semblant de ne rien voir sur la plateau,raison ridicule de tous ces murs.Je baisse mes yeux sur mes jambes maigres et décharnées.En réalité,mon regard a tout remarqué : les compartiments inégaux,modelés dans la forme,les morceaux de viande noircis,les haricots verts luisants et énormes,la platée de riz,l'½uf dur couvert de ce qu'ils doivent appeler "mayonnaise",le plain rassis et le dessert éc½urant.
Elle croit vraiment que je vais manger ça ? J'enlève les impuretés amassées sous l'ongle de mon indexe droit,j'attends,pleurante et butée.Non ils ne m'auront pas ! Je veux qu'ils m'oublient,qu'ils me laissent mourir dans ce carcan,qu'ils m'ignorent et ne me torturent plus avec ces plateaux et ces menaces,je ne demande rien !
Elle n'obtiendra rien,elle peut parler,essayer n'importe quelle ruse stupide : comme chercher à m'attendrir sur mon terrible sort,prendre tour à tour un air apitoyé,coléreux,indifférent ou dominateur "Tu n'aimerais pas mieux être chez toi? Ce serait bien quand même, tu ne crois pas?" Puisque c'est vous qui le dites,pourquoi vous ne m'aidez pas à m'échapper ? Dire qu'il leur faut un diplôme pour poser des questions pareilles !..
Je regarde mes jambes en baissant la tête.Elle a rapporté ma chaise afin que mon front soit au-dessus du riz collé qui me donne envie de vomir et elle a commencé un sermon méchant et stupide à propos du soleil qui brille sur les petites feuilles rousses de l'automne et de ce garçon qui est resté quatre ans dans une chambre en baissant la tête sur les plateaux.
"Il fais très beau dehors,tu sais,le soleil est chaud"
Moi je m'en moque du soleil,elle veut me faire très mal,ce n'est pas la peine,il n'y a plus que cela en moi : du mal.
Elle s'est creusé la tête une heure pour inventer des histoires,elle a même essayé de me montrer comment prendre une fourchette et mastiquer,des fois que j'aurais oublié !
Qu'est ce que je fais ? Je la prends cette fourchette pour faire semblant de me forcer,pour qu'elle dire que j'ai fait un "effort" ? Non,après elle voudra que je m'en serve,elle pourra prendre ma main,s'approcher davantage de moi...Et puis,je veux qu'ils sachent que,de toute façon,ils peuvent faire n'importe quoi,je refuse leurs sales plateaux.Je n'en veux pas ni de leur pitié ne de leurs paroles.Il ne m'auront pas.
Pourquoi ont-ils le droit de m'enfermer ? Personne ne dit rien.Personne ne proteste.Ils s'en moquent,mais bientôt ce sera peut-être leur tour s'ils pleurent trop souvent,s'ils sont toujours tristes...s'ils n'ont pas assez faim au goût des autres ; ces autres qui peuvent vous enfermer et faire de vous ce que bon leur semble.
Elle m'a laissée seule devant mon plateau;elle croit peut-être que c'est sa présence qui me gêne pour l'engloutir...Les larmes me réchauffent de leur amertume et de leur impuissance.Je voudrais lui marcher dessus,écraser cet oeuf qui sent mauvais et me donne la nausée,rendre à jamais inacceptable ce qu'ils me proposent sur ces plateaux de prisonnier...
Mais quel crime ai-je donc commis? Ai-je tué quelqu'un et perdu ensuite la mémoire ? Ai-je tué,volé ? Non,j'ai fait une choix.Il ne les concerne pas,ce n'est pas eux qui souffrent,je suis "inoffensive".Je les déteste ceux qui disent que je leur fais du mal en me laissant mourir.Ils ne peuvent pas savoir,je ne leur dirai pas,d'ailleurs ils ne m'aideront pas,ce n'est pas ainsi qu'on aime "Il est interdit de disposer de votre personne à votre gré,mademoiselle,vous ne vous appartenez pas,votre corps est à nous".
Je me vengerai,je leur ferai du mal,pire que ce qu'ils pourront jamais me faire.Me venger ? Moi misérablement enfermée,impuissante.Ce sont eux les plus forts,ils ont les clefs.Même si je franchis un jour cette porte de quoi pourrais-je les accuser ? Ils diront :"la pauvre,on l'a sauvée d'une mort certaine,elle est encore bouleversée,mais bientôt elle nous remerciera..."
Ma colère s'en va et fait place à un terrible découragement qui me laisse inutile,oubliée.Les murs vacillent autour de moi,comme ces manèges sur lesquels je ne pourrais plus jamais monter.Quelle importance d'ailleurs,je les déteste.
Elle va revenir chercher le plateau,encore plus lourd,chargé de mon refus et de mon désespoir,J'espère qu'il la fera tomber dans ce couloir sombre,l'½uf pourri devenu une tare irrémédiable restera collé sur son visage,les grains de riz entreront dans ses yeux,ils la rendront aveugle et lorsque ce soir j'aurais la permission d'aller aux lavabos,je pourrais passer devant elle en la méprisant,elle couverte de cette nourriture,répugnante..
Elle croit vraiment que je vais manger ça ? J'enlève les impuretés amassées sous l'ongle de mon indexe droit,j'attends,pleurante et butée.Non ils ne m'auront pas ! Je veux qu'ils m'oublient,qu'ils me laissent mourir dans ce carcan,qu'ils m'ignorent et ne me torturent plus avec ces plateaux et ces menaces,je ne demande rien !
Elle n'obtiendra rien,elle peut parler,essayer n'importe quelle ruse stupide : comme chercher à m'attendrir sur mon terrible sort,prendre tour à tour un air apitoyé,coléreux,indifférent ou dominateur "Tu n'aimerais pas mieux être chez toi? Ce serait bien quand même, tu ne crois pas?" Puisque c'est vous qui le dites,pourquoi vous ne m'aidez pas à m'échapper ? Dire qu'il leur faut un diplôme pour poser des questions pareilles !..
Je regarde mes jambes en baissant la tête.Elle a rapporté ma chaise afin que mon front soit au-dessus du riz collé qui me donne envie de vomir et elle a commencé un sermon méchant et stupide à propos du soleil qui brille sur les petites feuilles rousses de l'automne et de ce garçon qui est resté quatre ans dans une chambre en baissant la tête sur les plateaux.
"Il fais très beau dehors,tu sais,le soleil est chaud"
Moi je m'en moque du soleil,elle veut me faire très mal,ce n'est pas la peine,il n'y a plus que cela en moi : du mal.
Elle s'est creusé la tête une heure pour inventer des histoires,elle a même essayé de me montrer comment prendre une fourchette et mastiquer,des fois que j'aurais oublié !
Qu'est ce que je fais ? Je la prends cette fourchette pour faire semblant de me forcer,pour qu'elle dire que j'ai fait un "effort" ? Non,après elle voudra que je m'en serve,elle pourra prendre ma main,s'approcher davantage de moi...Et puis,je veux qu'ils sachent que,de toute façon,ils peuvent faire n'importe quoi,je refuse leurs sales plateaux.Je n'en veux pas ni de leur pitié ne de leurs paroles.Il ne m'auront pas.
Pourquoi ont-ils le droit de m'enfermer ? Personne ne dit rien.Personne ne proteste.Ils s'en moquent,mais bientôt ce sera peut-être leur tour s'ils pleurent trop souvent,s'ils sont toujours tristes...s'ils n'ont pas assez faim au goût des autres ; ces autres qui peuvent vous enfermer et faire de vous ce que bon leur semble.
Elle m'a laissée seule devant mon plateau;elle croit peut-être que c'est sa présence qui me gêne pour l'engloutir...Les larmes me réchauffent de leur amertume et de leur impuissance.Je voudrais lui marcher dessus,écraser cet oeuf qui sent mauvais et me donne la nausée,rendre à jamais inacceptable ce qu'ils me proposent sur ces plateaux de prisonnier...
Mais quel crime ai-je donc commis? Ai-je tué quelqu'un et perdu ensuite la mémoire ? Ai-je tué,volé ? Non,j'ai fait une choix.Il ne les concerne pas,ce n'est pas eux qui souffrent,je suis "inoffensive".Je les déteste ceux qui disent que je leur fais du mal en me laissant mourir.Ils ne peuvent pas savoir,je ne leur dirai pas,d'ailleurs ils ne m'aideront pas,ce n'est pas ainsi qu'on aime "Il est interdit de disposer de votre personne à votre gré,mademoiselle,vous ne vous appartenez pas,votre corps est à nous".
Je me vengerai,je leur ferai du mal,pire que ce qu'ils pourront jamais me faire.Me venger ? Moi misérablement enfermée,impuissante.Ce sont eux les plus forts,ils ont les clefs.Même si je franchis un jour cette porte de quoi pourrais-je les accuser ? Ils diront :"la pauvre,on l'a sauvée d'une mort certaine,elle est encore bouleversée,mais bientôt elle nous remerciera..."
Ma colère s'en va et fait place à un terrible découragement qui me laisse inutile,oubliée.Les murs vacillent autour de moi,comme ces manèges sur lesquels je ne pourrais plus jamais monter.Quelle importance d'ailleurs,je les déteste.
Elle va revenir chercher le plateau,encore plus lourd,chargé de mon refus et de mon désespoir,J'espère qu'il la fera tomber dans ce couloir sombre,l'½uf pourri devenu une tare irrémédiable restera collé sur son visage,les grains de riz entreront dans ses yeux,ils la rendront aveugle et lorsque ce soir j'aurais la permission d'aller aux lavabos,je pourrais passer devant elle en la méprisant,elle couverte de cette nourriture,répugnante..